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Témoignages

Denis - 45 ans - Laurentides

Bernard - 49 ans - Saguenay

Émile - 42 ans - Rimouski

Jocelyne - 48 ans - Montréal

Denis - 45 ans - Laurentides

Je m’appelle Denis et je suis alcoolique. Je suis né dans une famille québécoise normale, c’est-à-dire très dysfonctionnelle. Nous étions huit enfants à table. À un bout de la table, il y avait ma mère autoritaire et tyrannique, et à l’autre bout, mon père, silencieux, distant, et frustré. Dans cette maison régnait une ambiance malsaine du matin au soir. Les manifestations de la névrose étaient le pain quotidien. J’étais enfant tandis que mes frères et sœurs étaient adultes. J’étais à la fois témoin et victime de cette violence psychologique et physique que seule l’absence totale d’amour peut engendrer. C’est ainsi que s’installait en moi, pour toujours, ma plus grande maladie : La peur.

À l’âge de dix-sept ans, mon monde change. Je me fais de nouveaux amis. Eux consomment déjà de l’alcool et des drogues. Je peux affirmer que je consommais sans grand plaisir, mais pour faire partie de la « gang », j’étais prêt à beaucoup, même à aimer ça.

J’ai su très vite que ma consommation me créerait des problèmes de plus en plus importants. Je faisais donc en sorte d’éloigner de moi les occasions mais quand elles se présentaient, c’était toujours pour moi une occasion d’abus.

Ce n’est qu’à l’âge de trente-trois ans que j’ai compris qu’en fait j’étais alcoolique et toxicomane.

Ma dernière année de consommation a été la pire de toute : la cocaïne s’est ajoutée. D’abord pour le plaisir, la coke est rapidement devenue une obsession journalière qui devait m’amener à trente-trois ans sur le trottoir, en face de l’édifice où j’habitais et d’où je venais d’être expulsé parce que je n’avais pas payé mon loyer. Toutes mes choses étaient dans des sacs verts et j’étais sans emploi, sans argent et sans amis. J’avais perdu le goût de vivre.

Je ne pouvais descendre plus bas. J’entrepris donc une remontée. C’est là que j’ai fait une thérapie basée sur les douze étapes des AA J’étais heureux d’avoir identifié mon problème et surtout d’en avoir trouvé la solution. Peu à peu, pas toujours aisément, j’ai reconstruit ma vie : je suis retourné à l’école. J’ai retrouvé une discipline de vie. J’ai aussi retrouvé un enfant que mon mode de vie avait éloigné de moi. Et surtout, j’ai retrouvé la foi.

La sobriété m’a aidé à éclairer les régions sombres de mon esprit et me permet d’avoir une idée plus nette de qui je suis et… pourquoi.

Denis

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Bernard - 49 ans - Saguenay

Aujourd’hui, j’ai le goût de dire MERCI à la Vie.

MERCI pour les dures leçons qui m’ont aidé à me connaître et à mieux connaître les autres.

MERCI pour les multiples découvertes de la réalité et de la vérité.

C’est grâce à mon séjour à la Maison Jean Lapointe, en 1983, que j’ai découvert que la Grâce de Dieu est présente en tout temps.

Déjà six ans de cela. Encore aujourd’hui, je suis bien dans ma peau, sans alcool et sans médicaments. Quoique je vive bien le principe d’une journée à la fois, je ne peux que penser au bien immense que cette thérapie m’a apporté. Les résultats sont terribles. Je me souviens de mon entrée, de l’accueil que j’ai reçu.

D’abord j’étais allé à Montréal en vue d’une opération dans un hôpital bien connu de la ville. Avant mon départ, j’ai demandé des renseignements sur La Maison Jean Lapointe. Ma place a été réservée mais j’avais peur d’y aller. Finalement, j’ai décidé d’y aller et j’ai remis mon opération à plus tard car je savais que mon problème découlait de l’alcool et des médicaments. J’ai subi mon opération trois ans plus tard. Le succès de mon opération repose sur ce premier choix d’aller traiter mon problème d’alcool et de médicaments d’abord.

J’aime me rappeler mon arrivée par autobus à Montréal. Il était vers huit heures du soir. J’avais pris un taxi qui me conduisait chez mon frère où je devais dormir. J’ai demandé au chauffeur : « La Maison Jean Lapointe est-elle loin d’ici? » Il me fait pour réponse : « La Maison Jean Lapointe n’est pas à Montréal! » Que j’étais figé ! Je me disais « … tu viens de faire la grosse erreur. La M… boisson! ».

Je n'osais rien dire à mon frère. J’ai pris une bière, un verre de vin et un bon médicament, que ça faisait du bien !!!

Encore sur mes réserves, je risque de demander à mon frère si La Maison Jean Lapointe est près de chez lui. Il me fait pour toute réponse : « Oui ».

Que j’étais content ! Il me fallait un autre verre et un médicament pour fêter cela ! Sans dire à mon frère que j’allais à La Maison Jean Lapointe et non à l’hôpital, je me suis couché. Le sommeil tardait car je pensais au geste que j’allais poser le lendemain. J’avoue que je n’aimais pas l’idée d’une thérapie.

Le lendemain, avant de prendre mon verre matinal, j’appelle et c’est Odette qui me répond. Elle me dit que tout est prêt et qu’elle m’attendait. Ce fut un choc ! Maintenant, plus question de virer de bord, les jeux étaient faits. Je repars en taxi, mais cette fois avec la bonne adresse en main. Ces personnes à l’accueil ne pensent peut- être pas toujours à l’importance de leur attitude quand ils parlent à de nouveaux arrivants. La voix amicale et l’accueil m’avait enlevé tout doute possible sur mon choix. J’ai fait une belle entrée. Et dire que le soir, mon frère appelait l’hôpital pour connaître le numéro de ma chambre.

Depuis ce temps, je suis sobre et j’en suis heureux.

Je crois au miracle car je suis sorti des problèmes causés par l’alcool et les médicaments.

Un qui souhaite bonne chance à tous et rappelle que devenir abstinent rend le cœur heureux.

Bernard

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Émile - 42 ans - Rimouski

Je m’appelle Émile. Je fais partie d’une famille de sept enfants. Ma famille était à l’aise financièrement. J’ai eu une bonne éducation à l’école comme à la maison.

En général, j’ai eu une jeunesse de rêve sans jamais manquer de rien, sauf l’amour de mon père.

Au primaire, j’ai été traumatisé par un attardé mental qui était dans ma classe. Il me faisait tellement peur que je manquais souvent des cours.

Quand j’étais au secondaire, un jour que j’étais en retard à l’école et à l’heure où j’ai pris le métro, il n’y avait pas beaucoup de monde, alors un homme est venu s’asseoir en face de moi, il a sorti son pénis et m’a invité à me joindre lui. J’ai été longtemps traumatisé par cet homme à la moustache grise. Je n’ai jamais rien dit à personne, j’avais honte. Plus tard vers l’âge de seize ans, un homme d’une quarantaine d’années m’a invité à une fête chez lui. Il m’a encouragé à boire beaucoup et a abusé de moi. Je n’ai jamais raconté cet événement à personne. J’avais trop honte et aussi j’avais peur d’être jugé. La première fois que j’ai pris de l’alcool, j’avais dix ans. J’ai bu les fonds de bouteilles. Tout au cours de ma jeunesse, l’alcool a fait partie de ma vie. J’ai pu me procurer de l’alcool très facilement. Mes premières grosses brosses, c’est au collège que ça se passe.

J’aimais beaucoup l’alcool, la bière, la boisson forte et le vin. Cela accentue mes émotions joyeuses et calme ma colère. L’alcool est devenu pour moi un moyen d’évasion pour tous mes problèmes. Il devient un amplificateur de mes joies et de mes réussites. Lorsque je fréquentais l’université, j’ai découvert le trafic de cocaïne, l’argent et les problèmes qui s’y rattachent. La consommation est fréquente dans ce milieu. On fête nos réussites et on boit nos échecs.

La consommation abusive d’alcool dans mon cas s’est faite au fil des années. Graduellement, sans m’en rendre compte, je suis devenu alcoolique. Toutes les raisons sont bonnes pour boire : des problèmes avec ma blonde, je bois ; des problèmes avec mon auto, je bois ; j’ai mal à la tête, je bois. Je fais de même pour mes exploits : une fête, je bois ; un coup réussi, je bois ; il fait beau, je bois ; je suis joyeux, je bois. L’alcool fait partie de ma vie. J’ai besoin d’alcool autant que j’ai besoin de nourriture pour vivre. Je m’assure d’avoir toujours une bonne réserve d’alcool, ce que je néglige de faire en ce qui concerne la nourriture.

Pendant ma période de consommation, j’ai fait beaucoup de mal à mon entourage, à ma famille et à moi-même. En état d’ébriété, je me suis chicané à plusieurs reprises avec ma conjointe. Cela m’enrageait de ne pas avoir le contrôle sur elle. Excédée, elle me confrontait. Aujourd’hui je les ai perdus tous les deux, ma blonde et mon enfant. Ça fait plusieurs années que je n’ai pas vu mon enfant. Je me demande même si je le reconnaîtrais. J’ai également perdu contact avec mon père. J’ai perdu la confiance de ma famille. J’ai aussi passé plusieurs années en prison. La consommation m’a nui dans tous les domaines de ma vie, au travail comme à l’école. Je n’ai jamais travaillé plus de deux mois au même endroit. J’ai également abandonné mes études. Toute ma vie était centrée sur la consommation.

J’aurais pu avoir de l’aide mais mon orgueil m’en a empêché. Un jour, j’étais en train de méditer sur ma vie, j’ai décidé de demander de l’aide. C’est alors que j’ai pris une grosse brosse et me suis retrouvé en face d’un psychologue. On m’a conseillé un suivi à l’externe dans un centre d’aide pour toxicomanes. Entre temps, j’ai rencontré un alcoolique en rétablissement. Ce dernier m’a convaincu d’aller en thérapie.

En thérapie, j’ai appris que j’ai une maladie comme des milliers d’autres personnes et que j’ai besoin d’un mode de vie. Je découvre qu’il y a de la littérature qui a été faite pour moi. J’apprends que c’est en vivant un jour à la fois que je vais m’en sortir. C’est la première fois de ma vie que je m’arrête et que je prends le temps de découvrir qui je suis. J’apprends par la même occasion à m’exprimer, m’affirmer et partager mes sentiments. On m’enseigne un mode de vie basé sur les douze étapes des AA. On m’apprend à être moi-même dans l’honnêteté. Aujourd’hui, je sais que je ne serai jamais parfait et que j’ai le droit de faire des erreurs. Aujourd’hui, j’ai appris à ne pas juger qui que ce soit et je vis en paix avec mon entourage.

J’ai rencontré plusieurs difficultés jusqu’à présent et je sais que j’en aurai d’autres. Il m’est difficile de rester à l’écart de ma famille et de mes amis. Je demande à mon Dieu de me donner de la patience car je suis en train de rétablir mon réseau social au complet. Maintenant que j’ai pris conscience de ma maladie et de tout ce qui vient avec, je dois changer mon mode de vie complètement : mes lectures, ma vie spirituelle ainsi que mon entourage.

Aujourd’hui après cinq mois d’abstinence, je n’oublie pas que c’est le combat d’un jour à la fois. Je n’ai eu envie de consommer qu’une seule fois durant mes cinq mois d’abstinence. Je venais de rencontrer mon père que je n’avais pas vu depuis deux ans. Il venait de verser une larme pour la première fois devant moi. Lors de ce repas, il a pris un verre de vin. J’étais très content, il faisait beau et j’avais envie de fêter. Le fait de parler à un ami abstinent m’a fait oublier l’envie de consommer.

Les meetings ont été et sont encore pour moi d’une grande importance. C’est ma force. C’est une façon de me ressourcer, de faire le plein d’énergie dont j’ai besoin tous les jours.

Ma vie a changé dans tous les domaines. Mes fréquentations ne sont plus les mêmes et mes habitudes de vie également. J’ai appris à équilibrer travail, loisir et sommeil.

Aujourd’hui, j’ai retrouvé la vie, la paix, l’amour avec mon entourage et surtout avec moi-même. Je vis pleinement selon ma personnalité et c’est avec courage que j’affronte la vie un jour à la fois.

Émile

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Jocelyne - 48 ans - Montréal

Je suis perdue dans mes pensées depuis que je suis ici; le soir plus encore. Je sens que l’avenir approche de sa destination et que bientôt je devrai sauter sans parachute et encore m’y casser la gueule.

Je dois faire le grand saut et personne ne le fera pour moi. Je ne peux rester et ne peux partir. Est-ce que ces trois semaines à la Maison Jean Lapointe seraient un fiasco ?

Je suis coupable de tout et de rien ! Mon imagination est trop fertile. Je crois que le vin engourdit le cerveau et la musique fait le reste et pour quelques heures, j’arrive à tout oublier et à me laisser aller à des pensées joyeuses. Le réveil est brutal lorsque, sans même m’en souvenir, j’ai dépassé le quota et appelé tous les membres de la famille pour les envoyer promener.

Tu sais que je n’ai pas beaucoup parlé depuis que je suis ici, ou partagé comme vous dites. Mon seul tort est d’avoir dit la vérité, toute la vérité (mais à toute heure et en tout temps).

Tout ce va-et-vient va me manquer un peu ce soir et j’y trouvais parfois un peu à rire. Pauvre fille, j’aurais dû lui parler un peu plus. Mais, comme d’habitude, après déception, j’avais choisi le retrait et le silence total. J’écrivais, je lisais ou feignais de dormir; mon rhume aidant. Mais je dois vivre et ne penser qu’à moi pour le moment et ce séjour a déjà assez commencé sur le mauvais pied comme ça… Ce sera l’espérance de ma vie !

Tu seras content de savoir qu’à midi au déjeuner, j’ai réussi à faire parler et rire Jean-Louis, le petit « Loner » qui part demain, le seize. Peut-être me donneras-tu un job ici l’an prochain? HA ! HA !

J’ai parlé aussi un peu à Sébastien… lui mentionnant comme il était chanceux d’être ici à vingt ans et non vingt ans en retard comme moi. Durant la thérapie cet après-midi, lorsque tu as dit vingt ans de consommation, il m’a regardé et a compris un peu le message; enfin son cerveau a sûrement enregistré ce vingt ans perdus par l’alcool.

Je vous regarde tous, vous et les AA et je me dis que si quelqu’un doit s’en sortir, c’est moi… Tous ces messages me font frissonner et j’en sors bouleversée.

Ma pression est redevenue normale et j’ai mal à la tête. Depuis quatre ans, ma pression était élevée et je n’avais mal nulle part. Que m’arrive-t-il?

Tu dois me dicter ce que je dois faire et ça presse. Si je repars dans cette vie avec mon bagage d’arrivée, je suis foutue d’avance. J’ai encore deux semaines; je travaille le quatre février, ou dans six mois ou dans un an… Ma dépression nerveuse (mon œil) doit être complètement guérie…

Si je dois retomber dans mon marasme habituel, ma famille coupera les ponts et tu connais mes peurs… Je ne veux pas et ne peux pas les décevoir, les inquiéter, les faire pleurer et si le pire devait m’arriver, ils s’en remettraient durement ; je ne veux pas utiliser cette dernière vengeance.

Marie-Louise fait trop pour m’aider. Gilles a horreur des gens qui boivent et ne veut pas me voir dans cet état et encore moins en parler. Il a tout essayé, mais plus il me parle et me donne des longs conseils, plus je le fous à la porte. Le pauvre, il revient toujours.

J’ai un million de bouquins que je n’ai pas encore lus. J’ai plein de bons disques encore vierges. Plein de plats pour la popote. Un million de pots d’épices, quatre téléphones dont un studio pour raconter mes peurs ou écouter les gens quand c’est le temps, mais je m’en sers à deux ou trois heures du matin pour emmerder mes proches. J’ai tout. Tous me donnent une chance. Malgré moi… il me semble. Aurais-je besoin du coup de massue dans le front comme pour faire avancer ce bon vieux cheval ? Jean me disait toujours… je suis à Montréal et je vais te flanquer une bonne raclée…Il me semble qu’il ne m’ait jamais assez aimée pour le faire… Donc quand j’aurai un gros « down », qui m’écoutera ? Je n’appellerai certainement pas Raymond qui ne comprendra pas pourquoi je n’ai encore rien compris. Pour lui, venir ici, c’est en ressortir un saint avec une auréole. Il est si bon, si pur, si simple. Pourquoi lui faire du mal encore.

Le sommeil me gagne de nouveau. Je suis calme. Je suis bien en sécurité ici. Personne ne me dérange. Pas de téléphone, pas de journaux.

D’une fille aussi autonome, bien organisée et auto-suffisante, me voilà en train de m’enliser dans l’abandon total et j’ai peur. Je veux revenir à la réalité, même si ce n’est qu’un soupçon de réalité, avant de me laisser prendre à ce confort de l’âme et du cœur…

Ne pas m’envoler de nouveau. Je suis prête pour la prochaine épreuve ou étape.

Jocelyne

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